Suivez Joseph Briand et Jean-René Guicheteau
dans leur traversée du Canada à vélo
de Vancouver à Halifax du 17 mai au 24 juin 2013.

vendredi 21 juin 2013

20 juin : Cabano-Plaster Rock (162 km) ou Une journée ordinaire

Après une nuit difficile, c'est-à-dire très peu de sommeil, la chambre ayant tout d'un sauna tellement il faisait chaud (oui, je sais, ça change par rapport au climat pourri que vous avez en France...), nous nous retrouvons enfin sur la route principale.
D'une bonne qualité (hormis quelques zones de travaux), avec de vraies côtes les 20 premiers kilomètres, puis une portion très roulante jusqu'à Saint-Léonard, bien après Edmundston. Jean-René apprécie de moins en moins les bosses mais s'en donne à cœur joie sur le plat. Je rappelle, c'est un rouleur...
Le paysage en lui-même est sans grand intérêt : d'immenses forêts et des villes industrielles avec beaucoup de cheminées qui fument. Beaucoup moins de circulation que d'habitude et des flics sympas qui plaisantent à notre passage. Ça nous change de ce que l'on peut connaître chez nous...

Pat, on arrive, et à 5 !

Le fait marquant est notre entrée dans la septième province, le Nouveau-Brunswick. En prenant une route secondaire (la 108), nous appréhendons. On n'a pas envie de revivre la même chose qu'hier.

 Grand-Sault

Notre rétine s'attarde sur les nombreux parterres de lupins dans les fossés. Finalement, nous assurons bien jusqu'au bout et arrivons dès 18 h 00 malgré la perte d'une heure sur le fuseau. Nos trois "supporters" nous encouragent les 15 derniers kilomètres, puis nous nous "réfugions" dans notre chalet à l'abri des insectes piqueurs...

Lupins

Nous sentons ce soir que nous nous rapprochons du but. En puisant depuis plus d'un mois au fond de nous-même, nous nous étonnons de notre capacité à assumer psychologiquement un tel seuil d'engagement. Pour notre plus grand plaisir ! Et maintenant, au tour de Jean-René...

À ma petite Jeanne...

 Bon anniversaire Jeanne !

Bon anniversaire petite Jeanne ! 3 ans, maintenant tu es une grande fille. J'espère que tu es toujours bien sage et obéissante. Papi pense beaucoup à toi... Plus que quelques jours ! Papi a hâte de te revoir ainsi que toute la famille. Gros bisous. Je pense bien à vous.

jeudi 20 juin 2013

19 juin : Montmagny-Cabano (210 km) ou Une journée marquante !

Notre "ami" le vent est encore de la partie ce matin. Et c'est un "plaiysiiir" de pédaler sur les rives du Saint-Laurent qui s'élargit de plus en plus. La chaîne montagneuse que l'on aperçoit de l'autre côté prend la couleur bleue du fleuve. Un florilège de maisons toutes plus belles les unes que les autres, aux couleurs vives, défilent de chaque côté de la route. Notre regard s'attarde sur celles de droite, attiré par les superbes propriétés posées sur les pelouses parfaites.

 Maisons au bord du Saint-Laurent

L'on devine par intermittence le Saint-Laurent et la découpure des montagnes, dernier rempart sur les lointains horizons. De nombreuses fermes aux silos colossaux émergent des collines cultivées et chaque village nous dévoile son église élégante et son clocher élancé comme un jet formidable vers le ciel. En passant à Kamouraska, le panorama sur les îles est superbe. Ça rappelle à Jo la fameuse baie de Matsushima au Japon.

 La Route des Navigateurs

Après notre arrêt ce midi, nous prenons rapidement conscience que, depuis trois jours, nous avons mangé notre pain blanc. La bifurcation qui nous conduit dans les terres est sans appel : du 9 % d'entrée de jeu. Adieu donc les rives du Saint-Laurent et les longues routes extra-plates, et patience sur cette route secondaire bosselée où le vent nous titille à nouveau.

 Arrêt buffet !

Comble de malchance, nous ne pouvons emprunter la 185 qui est interdite aux cyclistes. Nous devons passer bien au-delà sur des routes en travaux (bonjour la poussière...). Et rebonjour les montagnes russes. Un régal pour Jo, un peu moins pour Jean-René...

Retrouvailles !

Un détour de plus de 15 km, une aubaine alors qu'on avait hésité à prendre un sentier qui nous aurait sans doute conduit dans des endroits impossibles. Nous retombons enfin sur la 185 et, bingo, au bout de 10 mn, une voiture de location avec Simon au volant, Yumiko et Isabelle qui nous retrouvent ! Que du bonheur !...

 Vue du motel

Pour que la soirée soit belle, nous nous installons dans un motel surplombant un magnifique lac. Une chose est sûre, Jean-René et Jo se souviendront longtemps de cette fantastique journée.

 Bon anniversaire Yumiko !

PS : Il est particulièrement difficile de faire un compte-rendu depuis que nous sommes cinq. Attendez-vous à moins d'inspiration, mais je sais que vous ne m'en voudrez pas. Quel mérite quand même !... Jo

mercredi 19 juin 2013

18 juin : Bécancour-Montmagny (186 km) ou Magnifique !

Nous devons prendre notre petit déjeuner dans un hôtel concurrent dans le village de Bécancour et nous ne sommes pas déçus de la prestation ! Comme aime à répéter Jean-René : "On va remplir le placard." Nous sommes repartis repus, à peine raisonnable tout ça... Mais bon, nous nous "dépensons" au moins huit heures par jour et ça commence à se voir... La balance confirmera à notre retour, j'en suis sûr.
Tentés par le vent qui chasse les nuages, nous humons l'air frais du matin, instant si décisif au moment de se mettre en route dans la bonne direction. Nous avons cependant encore une fois quelques soucis pour trouver notre chemin, l'autoroute est proche et le si peu d'indications nous oblige à demander notre route. La piste cyclable que nous devons emprunter est gravillonnée, ce qui n'est pas notre tasse de thé. Il faut toujours être vigilant afin d'éviter tout dérapage. Mais très vite, nous retrouvons une route normale, lisse et sans circulation. Un vrai bonheur. Elle est plate et le vent qui se lève progressivement (nous sommes coutumiers de ce phénomène depuis le début) va dans notre sens encore une fois.

 Église à double clocher typique au Québec

L'itinéraire devient plus pittoresque que ces derniers jours. On voit toujours de nombreux silos dans les fermes et les habitations qui jalonnent notre parcours sont toutes plus belles les unes que les autres, en bois peint ou en pierre, peuplées d'objets divers plantés sur les pelouses toujours parfaitement tondues (on a droit aux sons des tondeuses régulièrement). Les boîtes à lettres innombrables sont toujours aussi curieuses à découvrir. Souvent très colorées ou estampillées au nom du journal local.
Puis des toits rouges émergent des vertes collines de chaque côté du Saint-Laurent, ainsi que de superbes églises aux toitures et aux flèches de clochers argentés, trop rares monuments qui trônent le long de notre route. Avec stupéfaction, nous arrivons dès midi et demi à hauteur de Québec après 112 km à une moyenne record.
L'après-midi se déroule comme dans un rêve ou presque. Jo pense secrètement à sa dulcinée qui vient d'atterrir à Montréal et qui nous rejoindra demain en compagnie de Simon et Yumiko.


Ponts à Québec

Les ponts qui enjambent le fleuve sont très impressionnants. Au loin, on aperçoit à peine le Château Frontenac, et notre route se perd quelques instants dans les longues "lumières" (feux tricolores), ce qui nous agace profondément, nous obligeant à "déclipser" systématiquement nos cales pour mettre pied à terre.
Puis après une dernière pause gourmande (Jo, qui s'est enfilé un double dessert au chocolat ce midi, récidive avec un "sundae caramel"), nous redoublons d'énergie et d'enthousiasme dans les 50 derniers kilomètres qui nous restent, notre vitesse flirtant le plus souvent avec les 40 km/h ! Incroyable... J'ai même pris le temps de filmer le compteur sur le plat à plus de 50 km/h ! Un exercice d'équilibre dont il ne faut pas trop abuser au risque de se retrouver dans les décors.

 Fleurs au balcon de notre hôtel

Nous nous posons donc plus tôt que d'habitude après une journée inoubliable. Nous avons la certitude d'avoir moins de 1 000 km d'ici Halifax. Nous commençons à y croire de plus en plus. Et comme nous sommes sur la route des navigateurs (de nombreux panneaux sont là pour nous le rappeler), nous trouvons sympa d'arriver chez Pat dans le Nouveau-Brunswick samedi prochain. On imite les skippeurs du Vendée Globe qui aiment bien eux aussi arriver le week-end. On sait qu'il y aura moins de public pour nous accueillir, mais bon, moins on sera nombreux, plus on aura de homard ! En attendant l'arrivée définitive à Halifax en début de semaine prochaine...
Et ce soir, après tous ces efforts accumulés depuis un mois, on a l'impression d'exister intensément, de réaliser quelque chose d'exceptionnel, d'unique. Je me permets de fermer cette page en citant une expression que j'aime particulièrement, de Benjamin Disraeli : "La vie est trop courte pour être petite." À bon entendeur...

mardi 18 juin 2013

17 juin : Montréal-Bécancour (191 km) ou 25 km inutiles... Tabarouette !

Dès le réveil, nous sautons dans nos cuissards et maillots (que l'intendant de la maison, Simon, a pris soin de mettre dans la machine à laver hier) sentant bon le propre. Que c'est confortable !... Si vous saviez comme c'est désagréable d'enfiler chaque matin un cuissard poisseux, humide, irritant à cause du "sel" émanant de nos litres de sueur, sentant le "fauve" et le cambouis. Oui, je vous vois déjà rire de dégoût, mais ça reste notre quotidien, alors respect...

 Petit déjeuner en compagnie
de Simon et Yumiko ce matin

Nous avalons notre petit déjeuner en vitesse, savourant les fraises locales au goût bien sucré, pressés de reprendre la route. Le temps de la photo et nous pestons déjà en jonglant entre les trous, les "ornières", les saignées, les nids de poule, les bouches d'égouts, les caillasses et j'en passe, qui nous obligent à garder en permanence une grande vigilance. C'est épuisant !...
Nous allons encore avoir les fesses bien massées toute la journée, les routes au Québec sont dans un état lamentable. Un cauchemar pour nos vélos aux pneus étroits. Le bon côté reste la facilité avec laquelle on se dirige dans cette immense ville à bicyclette. Le top est le franchissement du grand pont Jacques-Cartier avec vue complète sur le centre et ses buildings et en arrière plan le mont Royal.

Attention au départ...

Au 33ème kilomètre, Jean-René "s'étale" sans gravité sur le macadam, la faute en incombe à une latte "souple" de signalisation jalonnant la piste cyclable qu'il n'a pas eu le temps de voir. Il repart, très agacé après ces routes aux multiples pièges, quand 2 km plus loin, dans une zone en travaux, il perd son bidon arrière dans une violente secousse. Encore la fameuse loi des séries...
Nous hésitons souvent pour trouver le bon chemin, le risque de se retrouver sur l'autoroute est encore bien présent dans nos mémoires... Nous nous perdrons cependant en début d'après-midi dans un cul-de-sac, soit 25 km inutiles. On n'aime pas vraiment... En retrouvant la bonne route (la 132), le vent nous encourage à appuyer sur nos pédales. Aujourd'hui encore, il fait le travail pour nous. Il suffit de regarder les herbes hautes sur les bas-côtés : elles se couchent comme si elles nous saluaient en signe de respect, à moins qu'elles nous fassent une ola.

 Montréal du pont Jacques-Cartier

Nous apprécions la spontanéité des Québécois et leur étonnement nous amuse lorsqu'on leur dit d'où l'on vient. Leur "tabarouette" est une formule de politesse qui en dit long sur le degré de stupéfaction face à un tel défi de fous...
La fin de journée se complique un peu, le vent latéral nous contrarie les 40 derniers kilomètres et les déviations nous emmènent avec beaucoup d'hésitations sur des routes de campagne pas très rassurantes, ne sachant plus très bien où nous sommes, l'atlas qui nous sert de guide routier n'est pas assez précis dans ces cas-là. Mais notre bonne étoile nous a conduits ce soir dans un petit hôtel à Bécancour pour notre plus grand bonheur.

Fais gaffe Jean-René, tu vas t'en prendre une !

Le moment d'émotion de Jean-René

Ça fait un mois que vous n'avez pas entendu parler de moi... Je suis le petit lapin ! Il faut vous dire, ils m'ont installé dans la boîte à gants du guidon et, jusqu'à aujourd'hui, je ne vous dis pas comme ils m'en ont fait voir ! De toutes les couleurs... Les trous dans la route, la pluie, la neige, la tornade, j'ai tout supporté sans rien dire. Il y a des jours, je n'en menais pas large... Comment ça va finir, cette affaire ? Puis un autre jour, j'ai commencé à les entendre grogner... Les crevaisons, les pneus, il n'y a rien qui allait ! Ça s'est amélioré ensuite avec la poutine, les gâteaux et les glaces. Le soleil est enfin arrivé. J'ai vu des lacs, des torrents, des forêts. Maintenant, il ne doit plus rester bien longtemps avant d'arriver... Pour tout vous dire, j'ai hâte d'en finir ! Retrouver un peu de confort et de tendresse.

Le petit lapin

À Slide : Merci pour la référence à Waylon Jennings... Je l'écouterai mais, pour tout te dire, celle que je préfère de lui, c'est "I am a dreamer". En attendant, il nous reste en gros 1 100 km pour que le "Dream comes true". Amitiés. Jean-René

lundi 17 juin 2013

16 juin : Montréal ou Repos mérité !...

Réveillés comme d'habitude ce matin, mais l'envie de nous lever ne nous stresse pas vraiment. C'est dimanche, l'occasion de faire la grasse matinée, d'autant qu'il pleut sur la ville de Montréal. Une petite sortie sous la pluie en fin de matinée pour nous dégourdir les jambes nous est assez pénible. On se sent las, le tonus nous manque, mais je sais, par expérience, que c'est normal, alors que Jean-René se dit qu'on a fort bien fait d'avoir choisi cette journée pour faire une pause. Le beau temps sera normalement de retour demain. Nous profitons de la gastronomie portugaise ce midi, avant d'aller magasiner dans la ville souterraine.

Montréal ville du vélo !

En milieu d'après-midi, nous mettons de l'ordre dans nos sacoches, les "délivrant" des soucis des routes passées : nos chambres à air accumulées, nos vêtements qui n'ont pas servi, ainsi qu'une liste d'accessoires inutiles (médicaments, outils de dépannage, etc...). C'est impressionnant le si peu de choses dont on a besoin en fait !
Ce soir, nous avons passé un très beau moment chez des amis de Simon et Yumiko, autour d'un dîner 100 % japonais, suivi d'un "concert improvisé" avec koto et shakuhachi, où la voix de Yumiko a enchanté son beau-père !

Repas japonais chez Bruno et Émiko

Demain, cap vers Québec en longeant le Saint-Laurent, après franchissement du pont Jacques-Cartier. Nous espérons partir vers 7 h 30, on croise les doigts pour trouver les routes tranquilles longeant la berge sud et retrouver le soleil...

PS : Vous avez les remerciements de Jean-René pour son anniversaire, qui promet de trouver un moment pour partager le gâteau à son retour.

Yumiko jouant du koto

Info qui nous fait très plaisir : le nombre de pages vues sur le blog dépasse ce soir les 13 000 ! Un encouragement à continuer. Mais attention, Halifax se rapproche à vitesse grand V. Alors profitez de ces derniers jours pour nous encourager. Comme on dit ici : "Ça nous fait tellement plaisir !"